Fabienne BUTRUILLE-KISVEL Docteur en psychologie clinique
Fabienne BUTRUILLE-KISVEL    Docteur en psychologie clinique

Un peu d'histoire ...

De l’hypnose, on connaît l’aspect spectaculaire et les envoûtements collectifs propres au music-hall. On connaît moins bien son usage thérapeutique. Pourtant depuis la nuit des temps l’hypnose a été un outil de soin.

 

Premières traces : il y a déjà plus de 6000 ans, en Mésopotamie, où les Sumériens pratiquaient déjà l’accompagnement en parole. Un manuscrit cunéiforme décrit des guérisons obtenues grâce aux États Modifiés de Conscience. Les 3 états de transe hypnotiques (re)découverts au 19e siècle par Charcot y sont même déjà expliqués !

 

Il y a 3000 ans, en Égypte sous Ramsès II, 20e dynastie, est décrite une séance « d’hypnose », sur une stèle découverte par Musès en 1972.

 

1529, Paracelse, célèbre médecin et alchimiste suisse, expose une théorie appelée de la sympathie magnétique. Selon lui, chaque individu possède son magne, son fluide émané des astres. Le « magne » des personnes saines attire celui des personnes malades et est susceptible d’agir sur leurs constitutions.

 

1750, le père Johann Joseph Gassner est considéré comme le précurseur de la thérapie avec son exorcimus probativus, assez proche de plusieurs pratiques thérapeutiques reconnues actuellement.

 

1766, les théories de Paracelse sont reprises par Franc-Anton Mesmer. Ce médecin allemand , né en 1734, adepte de la philosophie des Lumière, invente l’expression Magnétisme animal pour caractériser l’énergie vitale qui circule dans le corps humain. Selon lui, l’homme possède des propriétés analogues à celle de l’aimant.

En 1775 dans son ouvrage sur la cure magnétique, Mesmer affirme : la nature offre dans le magnétisme un moyen universel de guérir et de préserver les hommes.

Dès 1778 il introduit plusieurs concepts nouveaux :

— l’effet thérapeutique peut se produire en public

— Un rituel et une certaine mise en scène conditionnent et participent à l’action thérapeutique.

 

1819, l’Abbé Faria bouleverse les théories qui ont cours jusque-là. Il déclare que le fluide magnétique n’existe pas et utilise la suggestion directe pour mettre en valeur le pouvoir de l’imagination. Le premier il démontre que le sommeil provoqué n’est qu’un demi-sommeil sans amnésie ; le sommeil lucide.

 

1824,  Deleuze codifie la pratique du magnétisme et le propulse à nouveau au premier rang des thérapies de l’époque. Partout en Europe, dans les cours royales et impériales, on soigne par mesmérisme.

 

1829, Jules Cloquet réussie la première ablation d’un sein sous hypnose.

 

1831, les Académies de sciences et de médecine demandent au professeur Husson, médecin-chef à l’Hôtel-Dieu, d’examiner à nouveau le magnétisme animal. Le rapport est favorable et recommande d’inclure le magnétisme dans le cadre des connaissances médicales et d’en réserver l’usage aux seuls médecins.

 

1841, James Braid, chirurgien écossais, reprend et améliore les théories de Faria. Il nie la présence d’un fluide et affirme que la parole, le regard, les gestes sont les seules à pouvoir transmettre la volonté du magnétiseur à son sujet. Il propose le terme Hypnotisme et donne à cette méthode des bases qu’il veut scientifiques. Pour Braid, un individu peut même s’hypnotiser seul, en fixant un objet brillant.

Il crée dans la foulée la notion de monoïdéisme ; la transe hypnotique survient lorsque le patient est concentré sur une seule et unique idée et développe l’idée d’une relation patient/thérapeute.

 

A la même période :

John Elliotson, professeur de Chirurgie, introduit l’utilisation de l’hypnose en hôpital pour les anesthésies.

Le docteur Parker (Mesmeric Hospital, Dublin) publie le compte rendu de deux cents interventions sous hypnose, dont une amputation indolore.

James Esdaille, chirurgien lui aussi écossais, exerçant à Calcutta, rapporte plus de deux mille interventions, dont 315 majeures réalisées sous « anesthésie mesmérienne » C’est l’âge d’or de l’hypnose, jusqu’en 1846, avec l’invention du chloroforme, qui supplantera l’hypnose pour les anesthésies !

Aux États-Unis, la « Société du Magnétisme » est créée à la Nouvelle-Orléans, avec Morton Prince et Benjamin Rush, père de la psychiatrie américaine.

 

1866, Ambroise-Auguste Liébault, médecin généraliste de la banlieue de Nancy, propose une thérapie basée sur la suggestion verbale. Il convainc le professeur Hippolyte Bernheim de l’importance de l’Hypnose. C’est le début de l’École de Nancy.

 

1869, Karl Robert Eduard von Hartmann, philosophe allemand, publie Philosophie de l’inconscient (Die Philosophie des Unbewussten), ce qui lui vaut une renommée mondiale. Déjà présupposé chez Leibniz (1705), le concept d’Inconscient est né.

 

1878, Jean-Martin Charcot, titulaire de la première chaire de neurologie, découvre l’Hypnose lors d’un spectacle du fameux Donato (Baron d’Hont, Belgique). Il pense que le sommeil hypnotique est une névrose qui ne se développe que chez les sujets hystériques. Cette névrose comprendrait trois états : léthargie, catalepsie et somnambulisme formant ensemble le grand hypnotisme. Un des mérites de Charcot est d’avoir perçu l’importance du phénomène et d’avoir imaginé que l’état hypnotique pouvait révéler une personnalité hystérique.

A noté, que Charcot n’a jamais fait lui-même une induction hypnotique : ses étudiants ou des hypnotiseurs de spectacle comme Donato s’en chargeaient, avec des moyens assez barbares (inductions mécaniques, par flashs visuels, frayeur ou injection chimique)…

C’est le début de bataille d’écoles la Salpêtrière-Nancy : « état pathologique » décrit par une autorité médicale de l’époque, contre « état naturel » décrit par la très avancée École de Nancy… Ladite bataille ne s’est terminée qu’un siècle plus tard : la Science tranchera en faveur de Bernheim (zones cérébrales dédiées aux États Modifiés de Conscience, naturellement présentes chez chacun, découvertes par une équipe de chercheurs français)…

 

1885, Sigmund Freud, est passionné d’Hypnose. Il se convainc de la réalité du phénomène hypnotique lors d’un spectacle d’hypnose de Hansen (Danemark). Âgé de 29 ans, il a déjà traduit en allemand les livres de Bernheim et effectue un stage à la Salpêtrière pendant six mois, auprès de Charcot, pour comprendre ce que l’hypnose révèle du comportement humain et comment fonctionne cette thérapie.

Auteur avec le Dr Breuer d’un livre sur l’Hypnose, il fonde sa compréhension, révolutionnaire pour l’époque, des processus psychiques. Il achèvera sa formation en Hypnose à Nancy avec Bernheim en 1889, mais ne maîtrisera jamais vraiment la technique d’hypnose classique, qu’il abandonnera.

 

L’école de Nancy (1884) démontre avec Bernheim que l’hypnose provient d’un mécanisme physiologique naturel. Bernheim soigne dans son service hospitalier les pathologies les plus diverses ; sciatique, inflammation articulaire, aphonie, eczéma, paralysie, cécité… Il écrira : « Non ! le sommeil hypnotique n’est pas un sommer pathologique ! Non ! L’état hypnotique n’est pas une névrose analogue à l’hystérie. Sans doute peut-on créer chez les hypnotisés les manifestations de l’hystérie, on peut développer chez eux une vraie névrose hystérique qui se répétera à chaque sommeil provoqué, mais ces manifestations ne sont pas dues à l’hypnose, elles sont dues à la suggestion de l’opérateur ou quelquefois à l’autosuggestion d’un sujet particulièrement impressionnable. Les prétendus phénomènes physiques de l’hypnose ne sont que des phénomènes psychiques : la catalepsie, le transfert, la contracture sont des effets de suggestion, c’est éliminer l’idée de névrose. A moins d’admettre que la névrose est universelle, que le mot hystérie est synonyme d’impressionnabilité nerveuse quelconque ! Et comme nous avons tous des nerfs et que c’est une propriété des nerfs d’être impressionnables, nous serions tous des hystériques ! »

Il vulgarisera le terme de « Psychothérapie » afin de désigner l’utilisation de l’Hypnose pour les soins psychologiques. Le néologisme est utilisé pour la première fois en français dans ce sens en titre de son ouvrage « Hypnose, Suggestion et Psychothérapie », paru en 1891.

 

1889, se tient à Paris (à l’Hôtel Dieu) le 1er Congrès international de l’Hypnotisme expérimental et thérapeutique, avec la participation des plus grands noms de l’époque : Liébault, Bernheim, Charcot, Janet (le père de la Psychologie clinique), Richet, Freud, Babinski, William James (père de la Psychologie américaine)…

 

1891, A.A. Tokarski, mondialement connu pour ses travaux sur la mémoire, inaugure le premier « Cours d’Hypnose et de Psychologie physiologique » à l’université de Moscou.

Ivan Petrovitch Pavlov, à travers son étude du système nerveux supérieur, élabore la théorie neurophysiologique de l’Hypnose, considérée comme un tournant décisif. L’Hypnose serait-elle finalement un état physiologique ?…

 

1900, en France, Émile Coué, simple pharmacien nancéien, après avoir appris les techniques de l’hypnose auprès de Liébault (importance de la suggestion), répand sa désormais célèbre « Méthode Coué » de par le monde : Paris, Bruxelles, Londres, puis les USA où il est accueilli sur la Cinquième Avenue avec les fastes d’un dirigeant d’État !

 

C’est aussi la naissance de l’autohypnose, dont les notions sont posées par le neuroscientifique allemand Oskar Vogt, mentor de Johannes Heinrich Schultz (père du Training Autogène, fortement basé sur les méthodes d’autohypnose de Vogt). Le même Oskar Vogt publiera en 1902, avec Sigmund Freud : ”Zeitschrift für Hypnotismus » (le « Journal de l’Hypnotisme »).

 

1912, Schultz, professeur de neuropsychiatrie en Allemagne élabore une technique de relaxation utilisant l’hypnose : le training autogène, inspiré des anciennes techniques d’hypnose d’Oskar Vogt (1900).

 

1919, l’hypnose est passée de « mode »… Pierre Janet poursuit seul en France ses travaux sur le phénomène hypnotique. Il découvre le phénomène de la régression hypnotique, qu’il utilise à visée cathartique. Janet renforce la notion d’Inconscient en thérapie (1886) et découvre le principe de l’Association Libre.

 

1922 à 1960 : l’école soviétique

K.M. Bykov, élève de Pavlov, jette les bases de la médecine psychosomatique et démontre que toute une série d’affections comme l’ulcère à l’estomac, l’hypertension artérielle, l’asthme, peut être déclenchée par des perturbations de l’activité nerveuse supérieure.

 

1957, Platonov analyse l’importance considérable des mots chez les sujets en état hypnotique comme en état de veille « normale ». Une expérience sidérante montre qu’il est possible d’accélérer la coagulation du sang et la cicatrisation d’une plaie ouverte, chez un sujet en transe hypnotique, au son d’un métronome. Ensuite, le seul son du métronome (hors hypnose ) suffit à faire coaguler le sang. Et bientôt, il se rend compte que le mot « métronome » a le même effet ! Le cerveau humain est donc capable de se servir d’abstraction pour modifier son équilibre.

Avec Velvoski et Nikolaïev, Platonov met aussi au point la méthode d’accouchement dite « psychoprophylactique » (sans douleur).

 

Aux États-Unis :

1944, Kubie publie des essaies de théorisation psychanalytique de l’hypnose. Il imagine l’hypnose comme une véritable fusion entre l’hypnotiseur et l’hypnotisé.

 

Le psychologue Clark L. Hull, professeur et mentor de Milton Erickson, mène de nombreuses expériences sur l’Hypnose, qu’il décrit comme une partie tout à fait normale de la psyché humaine. Pour Hull, la transe hypnotique est un élément naturel de la conscience, comme les rêves (à l’état éveillé ou endormi). Erickson se détache de son mentor pour fonder une hypnose plus douce et plus moderne.

 

Les travaux de Milton Hyland Erickson, psychiatre américain né en 1901, bouleversent les conceptions de l’Hypnose et de la Thérapie brève. Il n’explique pas ce qu’est l’hypnose, mais il décrie à quoi elle sert et comment l’utiliser. Il affirme qu’elle doit être au seul service du patient, chez qui elle mobilise les ressources pour guérir. Il donne lieu à un véritable courant aux USA puis en Europe.

 

Bateson, Watzlawick, Weakland et Haley, membres de la fameuse École de Palo Alto, le considèrent comme le « père de la Communication moderne « .

 

L’Hypnose Ericksonienne, née en 1937, va grandir grâce aux élèves d’Erickson tels de Jay Haley, Jeffrey Zeig ou Ernest Lawrence Rossi. La pratique de Milton Erickson sera également aux origines de la Programmation Neuro-Linguistique (PNL) de Richard Bandler et John Grinder, dans le milieu des années 1970.

 

1955, l’hypnose est officiellement réhabilitée par un rapport de la British Medical Association

 

1958, L’American Medical Association réintègre l’hypnose dans la pratique médicale

 

1965 , le professeur Jean Lassner qui a fondé l’anesthésiologie française, organise à Parie le troisième congrès international d’hypnose. Il invite en particulier Milton Erikson.

 

1971, Léon Chertok, psychiatre et psychanalyste français, qui s’est battu des années, durant pour la reconnaissance de l’Hypnose thérapeutique, inaugure à Paris le Laboratoire d’Hypnose expérimentale

 

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Psychothérapie - Hypnose médicale